Swakopmund, Namibie

22ème Conférence de la Commission Régionale (Swakopmund)

Vingt-six ans après la dernière Conférence de la Commission Régionale de l’OIE ayant eu lieu en Namibie, à Windhoek (1991), la 22ème Conférence de la Commission Régionale pour l’Afrique de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE) a eu lieu à Swakopmund, en Namibie, du 20 au 24 février 2017.

La conférence, à laquelle ont participé quelque 80 participants, a été présidée par le Dr Milton Maseke, Délégué de l’OIE pour la Namibie, ainsi que la Dre Monique Eloit, Directrice générale de l’OIE, le Dr Botlhe Michael Modisane, Délégué de l’OIE pour l’Afrique du Sud et Président de l’Assemblée Mondiale de l’OIE), le Dr Karim Tounkara, Représentant Régional de l’OIE pour l’Afrique, ainsi que le Dr Komla Daniel Batawui, Délégué de l’OIE du Togo et Président de la Commission Régionale de l’OIE pour l’Afrique.

La réunion inaugurale a eu lieu dans le centre de conférences « The Dome »  à Swakopmund et a été honorée par la présence du Ministre de l’Agriculture, de l’Eau et des Forêts de Namibie, S.E. John Mutorwa, ainsi que le Gouverneur de la Région d’Erongo, M. Cleophas Mutjavikua, qui ont tous les deux prononcés des discours de bienvenue à l’auditoire. Dans son discours, le Ministre a évoqué les réalisations de la République de la Namibie en ce qui concerne le statut officiel de l’OIE vis-à-vis de plusieurs maladies dont la maladie de la vache folle, ESB ou encéphalopathie spongiforme bovine (seul pays d’Afrique ayant pu obtenir à ce jour le statut de risque négligeable), mais a également souligné l’impact des deux missions consécutives du Processus PVS de 2008 et de 2010, sur p.ex. la formation des vétérinaires ou le système d’identification et de traçabilité du bétail qui a été étendu aux Aires Communautaires du Nord en 2011, conduisant à une situation où le nord et le sud (séparés par la clôture du cordon sanitaire) opèrent sous le même régime depuis 2013.

Le Dr. Botlhe Michael ‘Mike’ Modisane, Délégué de l’OIE de l’Afrique du Sud, Président du Conseil de l’OIE et Président de l’Assemblée Mondiale des Délégués de l’OIE, depuis mai 2015, a souligné la pertinence de l’un des principaux thèmes techniques de la Conférence, le pastoralisme, dans un contexte de prestation des services vétérinaires et de gestion de l’environnement dans un proche avenir. En tant que représentant principal du Conseil de l’OIE, il a promis «…d’être à l’écoute de tous et de s’engager auprès de vous tous pour mieux comprendre les défis que cette région doit relever en ce qui concerne les questions relatives aux services vétérinaires et en particulier le contrôle des maladies animales….», et également de « ….bâtir davantage sur la compréhension que l’OIE a de vos attentes et de ce qui est attendu de la part de l’OIE … »

Le Dr. Karim Tounkara, Représentant Régional de l’OIE pour l’Afrique, basé à Bamako au Mali, également au nom de ses trois Représentants Sous-régionaux, a prononcé une allocution d’ouverture au cours de laquelle il a souhaité la bienvenue en Afrique, pour la première fois, à la Dre Eloit, en tant que Directrice générale de l’OIE. Il a également souligné le fait que la Présidence actuelle de l’OIE est entre les mains d’un Délégué OIE issu de l’Afrique, le Dr. Botlhe Michael Modisane, dans l’espoir que sa Présidence fasse la fierté de la Région. Il a ensuite souligné certains défis de santé animale auxquels l’Afrique est confrontée aujourd’hui, à commencer par la crise de l’Ebola de 2015 et 2016, suivie par d’autres fléaux tels que la fièvre aphteuse, la peste des petits ruminants, la fièvre de la vallée du Rift, le charbon bactéridien, la rage et la grippe aviaire.

Le Dr. Komla Daniel Batawui, Délégué de l’OIE Delegate pour le Togo et actuel Président de la Commission Régionale de l’OIE pour l’Afrique a souligné le rôle important que le Bureau Inter-africain des Ressources Animales [ www.au-ibar.org ] de l’Union Africaine (UA-BIRA) joue, par ex. en offrant une plateforme aux pays Africains pour arriver à une position commune lors de la Session Générale de l’OIE.

La Dre Monique Eloit, Directrice – générale de l’OIE, a tenu à féliciter le pays-hôte, la Namibie, ainsi que ses voisins dans la région de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), pour ses réalisations dans l’application des normes de l’OIE. Sept des quinze pays de la région SADC ont obtenu une reconnaissance de pays ou de zone indemne d’une ou de plusieurs maladies animales et bon nombre d’entre eux ont réussi à accéder à des marchés internationaux pour les produits animaux ou d’origine animale.

 

“Avec plus de 50% des ressources financières du Fonds Mondial de l'OIE allouées à des programmes en Afrique, comme p.ex. l'assistance fournie par l'Allemagne à l'élimination de la rage en Namibie, l'OIE est fortement engagée auprès de vous. À votre tour, votre engagement envers l'OIE est pour nous et pour les bailleurs, le témoignage que vous appréciez notre travail…”,

Dr. Monique Eloit, Directrice Générale de l'OIE

Le Représentant Régional de l’OIE pour l’Afrique, le Dr. Karim Tounkara (à gauche) et le Président de la Commission Régionale de l’OIE pour l’Afrique, Dr. Daniel Batawui (à droite)

 

Les 21 pays Africains représentés à la conférence étaient l’Afrique du Sud (représentée par la Directrice de la Santé Animale, en plus du Délégué et Président de l’Assemblée Mondiale de l’OIE), l’Angola, le Botswana, le Cameroun, l’Erythrée, le Ghana, le Kenya, le Liberia, le Maroc, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Sénégal, la Somalie, le Soudan, le Swaziland, le Togo, la Tunisie et le Zimbabwe.

Par ailleurs, plusieurs organisations internationales et régionales, bailleurs de fonds et autres observateurs ont participé à la Conférence, entre autres le Bureau Inter-african des Ressources Animales de l’Union Africaine (UA-BIRA), l’Association Vétérinaire Africaine (AVA), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture(FAO) , le Secrétariat FAO / OIE du Programme Mondial d’Eradication de la PPR, le Meat Board of Namibia, la  Commission Européenne (DG SANTE) et  l’Ecole Inter Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV) .

Ont également participé à cette réunion les éminents membres de divers organes décisionnels et scientifiques de l’OIE, tels que le Dr Mark Schipp, Vice-Président du Conseil de l’OIE (et Délégué de l’OIE de l’Australie), le Dr. Gideon Bruckner (Président de la Commission Scientifique de l’OIE pour les Maladies Animales), le Dr Herbert Schneider (Groupe ad-hoc de l’OIE sur le processus PVS), le Dr Misheck Mulumba du Onderstepoort Veterinary Institute  (ARC-OVI) (et Centre Collaborateur de l’OIE) et le Dr George Mathlo du Botswana Vaccine Institute (et Laboratoire de Référence de l’OIE pour la fièvre aphteuse).

La séance d’ouverture, lors de cette première journée, s’est terminée avec une présentation approfondie du Représentant Régional de l’OIE pour l’Afrique, Dr. Karim Tounkara, sur la mise en œuvre de la feuille de route de l’OIE pour l’Afrique, en appui à la mise en œuvre du sixième Plan Stratégique de l’OIE 2016 – 2020).

Les délibérations du lendemain ont commencé avec l’élection du bureau de la Conférence et l’adoption de l’ordre du jour, suivis d’une première présentation technique de la Dre Lina Awada, représentant le Département de l’information et de l’analyse zoo-sanitaire mondiale (WAHIAD), mettant l’accent sur 6 maladies importantes qui ont touché l’Afrique et les pays Africains au cours des deux dernières années, c-à-d. depuis la dernière conférence régionale tenue à Rabat au Maroc en 2015: la fièvre aphteuse, la rage, le charbon bacteridien, la peste des petits ruminants, l’infection par Aphanomyces invadans (syndrome ulcératif épizootique, chez les poissons d’eau douce) et, bien sûr, les différentes foyers de grippe aviaire de type A, signalées en Afrique occidentale, septentrionale et orientale. En effet, depuis 2015, l’Afrique a été témoin d’une propagation dramatique de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), avec l’apparition de trois sous-types différents. Les deux voies de propagation (routes commerciales d’oiseaux, et oiseaux migrateurs) doivent être prises en compte dans l’analyse des risques et la préparation des pays. L’IAHP est une maladie pour laquelle la coopération régionale est essentielle, premièrement parce que le commerce régional est dense et parce que des mouvements non réglementés seraient à l’origine de certains épisodes de IAHP (par exemple en Libye en 2015), deuxièmement, parce qu’il semble difficile d’éviter des foyers occasionnées par des migrations d’oiseaux sauvages. Par conséquent, une surveillance appropriée et un rapportage rapide à l’OIE sont essentielles pour permettre aux pays de mettre en œuvre une riposte rapide et appropriée.

Deux thèmes techniques particulièrement importants et d’actualité ont été présentés au cours de la conférence:

  •  Thème technique I (avec questionnaire) Le pastoralisme : opportunités pour l’élevage et défis pour les Services vétérinaires (Dr Oumar Alfaroukh Idriss, avec comme co-auteur Dr. Cyrus Nersy, “Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel”, PRAPS, Mali). Fondé sur des traditions séculaires et sur la mobilité des animaux et des humains, le pastoralisme demeure une activité socio-économique fondamentale en Afrique en termes de création et de répartition des revenus dans le monde rural. En effet, cette pratique concernerait plus de 62 millions d’individus et plus de 424 millions de bêtes, bovins, ovins, caprins et camélidés confondus.

Malgré l’application de mesures de soutien par les gouvernements dans la plupart des grands pays d’élevage, ce système fait néanmoins face à de graves menaces qui doivent être contrées rapidement afin d’éviter que le mode de vie qui s’y rattache et toutes ses potentialités ne disparaissent dans le futur. La situation sanitaire des animaux est en effet caractérisée par la persistance de presque toutes les principales maladies animales — dont la PPR, dans les zones pastorales et, plus généralement en Afrique.

Par conséquent, un effort extrêmement important doit être fait pour renforcer l’action des Services vétérinaires envers les systèmes d’élevage pastoraux qui, de par leur nature, sont difficiles à atteindre en raison de la mobilité des animaux. Cet effort doit aussi porter sur l’élaboration de programmes de contrôle des principales maladies animales, telles que la PPR, à l’échelle du continent.]

  •  Thème technique II (sans questionnaire) Déploiement de la stratégie mondiale pour le contrôle et l’éradication de la PPR en Afrique (Dr Abdenacer Bakkouri, expert PPR, Maroc).

La PPR a été signalée pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1942 et est présente depuis de nombreuses années dans toute l’Afrique, sauf dans quelques régions du sud du continent. Cette maladie transfrontalière virulente et hautement contagieuse, qui affecte les ovins et les caprins, a de fortes répercussions sur la sécurité alimentaire, fragilisant la survie des petits exploitants et limitant les opportunités du secteur de la production animalière ainsi que le développement de pays pour lesquels l’élevage des petits ruminants est un secteur important. Elle est l’une des maladies prioritaires mentionnées dans le Plan-cadre mondial pour le contrôle progressif des maladies animales transfrontalières (GF-TADs) et une Stratégie mondiale OIE/FAO pour son éradication d’ici à 2030 a été adoptée en 2015.

Cette stratégie comprend à la fois une approche horizontale des problématiques de santé animale qui se concentre sur le renforcement des Services vétérinaires, et une approche verticale axée sur le double objectif de l’éradication progressif de la PPR et de la diminution de la prévalence d’autres maladies prioritaires affectant les petits ruminants.

Sa première phase de mise en œuvre a déjà débuté en Afrique, à travers la préparation de réunions régionales portant sur la feuille de route pour l’éradication de la PPR dans les cinq régions définies par la stratégie. Ces rendez-vous contribueront à déterminer une vision régionale commune, fondée sur l’échange, la collaboration et la coordination, afin d’assurer un suivi et d’harmoniser les actions planifiées au niveau de chaque pays.

 

Photo de groupe. Crédit photo © P. Bastiaensen (oie) 2017.

Les deux présentations des thèmes techniques ont été suivis de débats animés et d’interactions entre intervenants, Délégués de l’OIE et experts techniques nationaux, régionaux et internationaux.

Plusieurs autres questions touchant les Pays Membres de la région ont également été présentées et débattues:

 

  • L’épidémie de fièvre aphteuse en Afrique du Nord en 2014-2015 : exemple de coopération régionale (Malek Zrelli, Délégué OIE, Tunisie);
  • Changement climatique et émergence des maladies vectorielles: exemple de la Fièvre de la Vallée du Rift en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est et dans l’Océan Indien (Alex Caron, CIRAD).
  • Le Processus PVS de l’OIE: son évolution au-delàs des mythes (François Caya et John Stratton, OIE);
  • Mise en œuvre des recommandations des missions menées dans le cadre du Processus PVS de l’OIE pour une sélection de pays Africains (Patrick Bastiaensen, OIE);
  • Stratégie de l’OIE pour lutter contre l’antibiorésistance: contribution de l’Afrique (Unesu Ushewokunze-Obatolu, Déléguée OIE, Zimbabwe);
  • Projet de lutte contre la rage en Namibie (Rauna Athingo, DSV Namibie).

 

En outre, pour la première fois, une séance « posters » a été organisée, en appui à certains des thèmes abordés lors des présentations orales en séance plénière. Les affiches présentées ont été préparées par les services techniques de l’OIE, les représentations régionales de l’OIE, les centres collaborateurs et les laboratoires de référence de l’OIE et les pays membres de l’OIE, et traitent de maladies et de questions telles que le sixième Plan Stratégique de l’OIE, le pastoralisme, la résistance aux antimicrobiens, les statuts sanitaires officiels de l’OIE et les auto-déclarations, la notification de maladies aquatiques à l’OIE, la grippe aviaire, la rage, la fièvre de la vallée du Rift et bien d’autres encore.

Le quatrième jour de la réunion a été consacré aux visites de terrain organisées par l’hôte Namibien, tandis que le cinquième et dernier jour a permis à plusieurs agences techniques internationales et régionales, ainsi qu’aux autres partenaires au développement, de présenter brièvement leurs programmes et leurs points de vue aux Délégués de l’OIE en Afrique. Ainsi, des interventions, suivies d’une table-ronde, ont été faites par:

  • AVA : Association Vétérinaire Africaine
  • DG-SANTE : Commission Européenne – Direction-Générale de la Santé et de la Sécurité Sanitaire des Aliments
  • FAO : Nations Unies – Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture
  • Meat Board of Namibia – Confédération sectorielle de la viande de la Namibie
  • UA-BIRA : Union Africaine – Bureau Interafricain des Ressources Animales

Les débats étant d’un niveau très élevé, les recommandations adoptées à Swakopmund seront présentées à la prochaine Assemblée Mondiale des Délégués des 180 Pays Membres de l’OIE pour approbation, puis mise en œuvre au niveau régional et mondial.

Le Gouvernement de la Namibie, bien représenté par sa Direction nationale des Services Vétérinaires, a généreusement accueilli la Conférence, avec le soutien du personnel du Siège de l’OIE et celui des Représentations Régionales et Sous-régionales de l’OIE en Afrique, en particulier la Représentation de l’OIE pour l’Afrique australe, basée à Gaborone, au Botswana.

Crédit photos © P. Bastiaensen (oie) 2017, sauf mentions contraires

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