Déclaration conjointe

Semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens 2020 (Afrique) Communiqué

Communiqué WAAW 2020 Afrique

Organisations internationales et africaines s’associent pour lutter contre la résistance aux médicaments antimicrobiens

Avec la résistance aux antimicrobiens (RAM) qui menace le développement et la santé en Afrique, six organisations internationales et continentales lancent le premier partenariat de ce type pour lutter contre cette crise de santé publique sur le continent.

Les partenaires ont scellé leur collaboration aujourd’hui par une déclaration commune de huit hauts représentants lors de la première journée de la campagne de la Semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens (World Antimicrobial Awareness Week, WAAW) pour l’Afrique, notant la “menace silencieuse pour la santé publique que représente la RAM dans tous les pays d’Afrique” et s’inquiétant de “l’utilisation incontrôlée des antimicrobiens sur tout le continent africain”.

Les antimicrobiens comprennent les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiprotozoaires et sont utilisés pour prévenir et traiter les infections chez les humains, les animaux et les plantes. Les agents antimicrobiens ont sauvé des millions de vies, protégé la santé et le bien-être des animaux ainsi que la sécurité alimentaire. Mais leur mauvaise utilisation généralisée dans les établissements de santé et dans l’agriculture tue 700 000 personnes par an dans le monde. En Afrique, les résultats de la recherche estiment que 4,1 millions de personnes pourraient mourir d’ici 2050 à cause de l’échec des traitements médicamenteux si des mesures urgentes ne sont pas prises.

Si les données sur la RAM font cruellement défaut sur le continent, certains signes indiquent que la résistance aux antimicrobiens couramment prescrits est importante. Le paludisme, qui tue 3 000 enfants en Afrique chaque jour, montre de plus en plus de résistance aux options de traitement autrefois efficaces.  La tuberculose devient résistante aux médicaments généralement utilisés pour la traiter. Des études actuelles indiquent que la résistance aux médicaments contre le VIH augmente et pourrait causer 890 000 décès d’ici 2030 en Afrique subsaharienne.

Selon la Dre Matshidiso Moeti, Directrice Régionale de l’OMS pour l’Afrique : “La résistance aux antimicrobiens est l’un des défis sanitaires les plus urgents auxquels l’Afrique est confrontée. Si nous n’agissons pas maintenant, nous pourrions voir le continent réduire à néant les progrès que nous avons réalisés en matière de santé grâce à d’immenses efforts et sacrifices. Nous devons arrêter de mettre en danger notre avenir et réfléchir avant de nous mettre une pilule dans la bouche”.

La RAM est exacerbée par la facilité avec laquelle l’on peut avoir accès aux médicaments sans ordonnance. On estime qu’un médicament sur dix dans le monde est inférieur aux normes ou falsifié, et la région africaine est plus touchée que les autres régions du monde. Sur les marchés et aux coins des rues, les gens achètent des antimicrobiens de qualité inconnue. Sans une surveillance médicale appropriée, les gens arrêtent souvent leur traitement trop tôt ou doublent leur dose au lieu de respecter un intervalle de temps strict prescrit pour une prise de médicaments appropriée. Il en va de même pour le traitement des maladies animales, qui s’accompagne d’un sous-dosage, d’un non-respect des délais d’attente des médicaments et de l’utilisation d’antimicrobiens comme promoteurs de croissance.

L’utilisation inappropriée des médicaments antimicrobiens permet aux bactéries, virus, champignons et protozoaires de muter en superbactéries résistantes aux médicaments conçus pour les tuer. Ces superbactéries peuvent traverser les pays, entraînant des milliers, voire des millions, de décès. Leur traitement entraîne des séjours prolongés à l’hôpital et la nécessité de recourir à des médicaments plus coûteux, ce qui entraîne d’énormes coûts supplémentaires dans les dépenses de santé des gouvernements et des particuliers. La Banque Mondiale prévoit que le coût supplémentaire des soins de santé d’ici 2050 pourrait se situer entre 0,33 et 1,2 trillion de dollars US.

Selon le Dr John Nkengasong, Directeur des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies : “La résistance aux antimicrobiens menace la santé, la sécurité et la prospérité de l’Afrique. Nous avons besoin d’une action immédiate et soutenue de la part des gouvernements et de tous les partenaires des secteurs humain, animal et environnemental. Ensemble, nous pouvons prévenir les infections, veiller à ce que les antimicrobiens soient utilisés de manière appropriée et limiter la transmission des infections résistantes aux médicaments”.

En agriculture, la RAM réduit la productivité, entrave la fourniture d’aliments dénués de risques et a un impact direct sur la sécurité alimentaire et la durabilité des moyens de subsistance des communautés agricoles. L’élimination inadéquate des déchets pharmaceutiques, hospitaliers, d’abattoir, humains et animaux contamine l’environnement avec des antimicrobiens et des organismes résistants aux antimicrobiens.

La RAM n’est pas seulement une question de santé, mais un problème complexe qui nécessite une approche multisectorielle unifiée. Les six partenaires qui font cette déclaration commune représentent les secteurs de la santé publique, de l’agriculture, de la santé animale et de l’environnement.

Les organisations se sont engagées conjointement sur dix points d’action, notamment la promotion d’une approche “Une seule santé” et la mise à profit des compétences essentielles de chaque organisation. Les autres domaines de collaboration sont les suivants:

  • renforcer le plaidoyer “d’une utilisation plus prudente des antimicrobiens” en sensibilisant davantage le grand public et les médecins, en améliorant leur compréhension et en changeant leur comportement ;
  • soutenir l’intégration des mesures en matière de RAM dans les mesures de routine de prévention et de contrôle des infections (infection prevention control, IPC) ainsi que dans la vaccination, la biosécurité des exploitations agricoles et les bonnes pratiques d’hygiène
  • soutenir le respect des normes internationales pour la gestion des déchets humains, animaux et industriels.

 

 

 

 

Selon le Dr Karim Tounkara, Représentant Régional de l’OIE pour l’Afrique : “Nous avons tous un rôle important à jouer pour protéger l’efficacité des antimicrobiens afin de garantir la santé animale, humaine et environnementale. Chaque pays doit s’engager à veiller à ce que les antimicrobiens soient utilisés de manière prudente et responsable, en appliquant les normes internationales, les lignes directrices de la législation nationale pour l’harmonisation mondiale, la surveillance et le contrôle de la production, de la distribution et de l’utilisation non réglementées des antimicrobiens”. 

Accra, Addis Abéba, Bamako, Brazzaville, Caire, Nairobi, 18 novembre 2020

  • Centres Africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa-CDC)
  • Bureau Interafricain des Ressources Animales de l’Union Africaine (UA-BIRA)
  • Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Bureau régional pour l’Afrique (FAO RAF)
  • Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Bureau régional pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord (FAO RNE)
  • Programme des Nations Unies pour l’Environnement, Bureau régional pour l’Afrique (PNUE)
  • Organisation Mondiale de la Santé, Bureau régional pour l’Afrique (OMS AFRO)
  • Organisation Mondiale de la Santé Animale, Représentation régionale pour l’Afrique (OIE RR AF)

Téléchargez la déclaration conjointe officielle (signée) en Anglais

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