Nairobi, Kenya

Le processus PVS en Afrique: où en sommes-nous?

Le processus d’évaluation de la Performance des Services Vétérinaires (PVS) développé par l’OIE (l’Organisation Mondiale de la Santé Animale) a pour objectif d’aider les Services Vétérinaires à se conformer aux normes internationales. Ce processus consiste en une série de missions qui sont : l’évaluation PVS (évaluation initiale), l’analyse des écarts PVS (planification stratégique et définition d’objectifs), les missions d’évaluation PVS de suivi (mise à jour de l’évaluation initiale), et des soutiens supplémentaires ciblés tels que le Programme d’Appui à la Législation Vétérinaire (PALV) et les missions PVS de laboratoire. Ces missions sont réalisées à la demande des pays, par des experts PVS certifiés par l’OIE. L’ordre et l’intervalle de temps séparant ces missions peuvent être variables.

Des informations complémentaires sont disponibles ici.

Les pays africains ont fait preuve d’un réel engagement dans le processus PVS (voir la figure 1) avec 165 missions PVS réalisées entre 2006 et Juin 2019 dans 52 pays. Jusqu’à présent, aucune étude analysant l’ensemble des informations contenues dans ces rapports et utilisant ces données pour illustrer la preuve du renforcement des capacités des Services Vétérinaires en Afrique, n’avait été réalisée à l’échelle du continent. Cet article présente le résumé d’une analyse portant sur 142 des rapports (les autres n’étaient pas disponibles pour cette étude car classés comme confidentiels).

Figure 1: Carte montrant le type de missions PVS réalisées par chaque pays (n=55) et dans quel ordre, accompagné d’un histogramme montrant le nombre de pays par catégorie. A noter que certains pays insulaires ne s’affichent pas à cause de l’échelle de la carte (ex. Cabo Verde, São Tomé et Principe, l’île Maurice, les Seychelles).

(*) Un pays a récemment effectué une mission mais aucune information n’était disponible pour exploitation lors de la tenue de cette étude; deux autres pays avaient demandé des missions, mais celles-ci n’avaient pas encore été entreprises.

Les missions d’évaluation et d’évaluation de suivi PVS utilisent un protocole bien défini pour évaluer les Stades d’Avancement (classés selon une échelle de 1 à 5) d’un ensemble de Compétences Critiques (CC) standardisées couvrant l’ensemble des activités liées au domaine vétérinaire. Les rapports d’évaluation PVS ont été considérés comme les situations de référence pour chaque pays.

La moyenne globale des Stades d’Avancement a été utilisée comme une donnée statistique pratique pour estimer la performance globale des Services Vétérinaires, cependant elle reste une donnée brute. La figure 2 présente la distribution des moyennes de chaque pays. Plus de la moitié des pays (55%) présentaient une moyenne située entre 1 et 2 sur une échelle de 5. Un seul pays présentait une moyenne supérieure à 3,5. Au vu de ces résultats, on peut considérer que les services vétérinaires n’avaient ni le pouvoir ni les capacités de se conformer aux normes internationales.

Suite aux évaluations PVS, 46 pays ont accueillis des missions d’analyse des écarts PVS. L’objectif de ces missions était d’aider les pays à renforcer leurs Services Vétérinaires en définissant des priorités nationales et en déterminant des objectifs pour améliorer les Stades d’Avancement des CC correspondantes. Dans l’ensemble, l’accent était mis sur l’augmentation de la production animale, l’amélioration de la santé publique vétérinaire et la facilitation du commerce des animaux et des produits d’origine animale par le biais de Services Vétérinaires renforcés. Selon l’étude de l’ensemble des rapports de missions d’analyse des écarts PVS, tous les pays aspiraient à améliorer 80% de leurs CC d’au moins un niveau d’avancement.

L’étude des rapports des missions d’évaluation PVS de suivi, qui suivent le même protocole que l’évaluation initiale, s’est montrée très précieuse. En effet, les différences enregistrées entre ces deux évaluations, initiale et de suivi, reflètent directement les progrès effectués par les Services vétérinaires dans cet intervalle de temps. Au moment de l’étude, seulement 22 missions de suivi avaient eu lieu et seulement 18 rapports furent partagés pour être analysés. L’évaluation de la moyenne nationale des Stades d’Avancement a permis de mettre en évidence des améliorations nettes pour certaines CC, et une dégradation pour d’autres (Figure 3). A l’échelle du continent, très peu de changements ont été constatés dans la performance globale des Services Vétérinaires. Néanmoins, des différences notables entre les pays ont été soulignés, avec 11 pays montrant des signes nets d’amélioration et 7 pays montrant des signes de déclin.

Il est important de noter que les différents changements apportés à l’outil PVS au fil du temps, ainsi que le renforcement de la rigueur des experts PVS et du processus de révisions et de validation de leurs conclusions et de leurs rapports par leurs pairs de l’OIE, peuvent avoir influencé le déclin des Stades d’Avancement de certaines CC. Ainsi, la moyenne des Stades d’avancement reste un indicateur brut à considérer avec précaution et le narratif contenu dans les rapports fournit des informations plus nuancées.

Figure 2: Histogramme montrant la répartition de la moyenne globale des Stades d’Avancement des pays (à partir des données présentes dans les rapports d’évaluation PVS). 

Figure 3. Différences des moyennes globales entre les Stades d’Avancement des évaluations PVS de suivi et ceux des évaluation PVS (n=18 pays), classées par ordre de grandeur. Seuls les CC ayant augmenté de plus de 0,2 et les CC ayant déclinées de plus de 0,2 sont représentées. 

L’étude des Stades d’Avancement associée au texte narratif a permis d’identifier de nettes améliorations dans un certain nombre de domaines essentiels. Cela concerne particulièrement les domaines suivants : les compétences vétérinaires, la préparation et la réponse rapide aux situations d’urgence, la mise en place des programmes de contrôle des maladies, la meilleure gestion de la distribution et de l’utilisation des médicaments vétérinaires et la collaboration avec le secteur privé. Les domaines dans lesquels un déclin a été observé sont : la coordination externe avec les autres autorités gouvernementales, la surveillance passive des maladies, l’inspection de la collecte, de la transformation et de la distribution des produits d’origine animale, la régulation de la profession vétérinaire par les organismes statutaires vétérinaires et l’harmonisation de la législation avec les normes internationales. Des défis majeurs persistent et notamment dans les domaines suivants : les prestations de service sur le terrain, trop souvent reléguées aux para-professionnels vétérinaires ou à d’autres techniciens de santé animale moins bien formés, et sans supervision vétérinaire appropriée, une fiabilité des laboratoires et une assurance qualité médiocres, une utilisation limitée de l’analyse de risque et de l’épidémiologie, des programmes de sécurité alimentaire faibles, une identification et une traçabilité des animaux/produits d’origine animale peu efficaces, un contrôle insuffisant des médicaments vétérinaires et une faible considération du bien-être animal.

L’analyse des rapports de PALV a révélé que de nombreux pays présentaient une législation vétérinaire obsolète et donc inapte à faire face aux défis actuels et futurs tels que la demande croissante, nationale et mondiale, en denrées alimentaires d’origine animale, la participation croissante au commerce mondial, les changements de tendances des maladies, et l’émergence et la réémergence de maladies animales transfrontalières. Ainsi, les experts recommandaient principalement au pays de développer leur législation non plus de manière ad hoc mais plutôt sur du long terme, avec une approche plus holistique et en accord avec les plans stratégiques sectoriels du pays.

En général, les rapports PVS étaient de bonne qualité fournissant des informations générales sur le pays, sur les compétences de ses Services Vétérinaires par rapport aux normes fixées par l’OIE, et sur sa législation, ce principalement à travers les rapports PALV. Ces rapports ont une valeur inestimable pour évaluer et suivre les progrès réalisés par les Services Vétérinaires. Le processus PVS a, sans aucun doute, contribué au renforcement des Services Vétérinaires, même s’il est difficile d’attribuer un lien direct de cause à effet. En effet, de nombreux facteurs influencent l’ensemble des performances des Services Vétérinaires comme les priorités nationales, notamment dans les pays qui se concentrent principalement sur l’exportation des animaux et des produits d’origine animale. D’autres facteurs directement liés au pays existent tels que sa force économique et son développement, sa stabilité politique et sociale, ses relations internationales et le soutien dont il bénéficie, son niveau de perception du risque pour la santé mondiale, et l’importance et le degré de développement de son secteur de l’élevage.

Les domaines de développement prioritaires des Services vétérinaires nationaux identifiés dans cette étude sont :

  • L’amélioration des capacités et de la formation des vétérinaires et des équipes techniques avec un renforcement de la chaine de commande au sein des Services Vétérinaires et des autorités compétentes ;
  • La définition des besoins et des capacités des laboratoires vétérinaires avec un budget national adapté, un personnel bien formé et la formalisation de l’assurance qualité ;
  • Le renforcement de la sécurité et de la quarantaine aux frontières avec une meilleure harmonisation de la coordination régionale sur les exigences sanitaires ;
  • L’étude et la révision des stratégies nationales sur les maladies prioritaires avec des financements appropriés et une meilleure coopération régionale pour parvenir à une gestion durable des maladies animales transfrontalières ;
  • L’amélioration de la législation sur la sécurité alimentaire, avec une meilleure formation et une augmentation du nombre d’inspecteurs incluant également le développement de systèmes de traçabilité des produits d’origine animale, des plans d’urgence de sécurité alimentaire et des programmes de suivi des résidus ;
  • Le développement de programmes nationaux comprenant des règlementations sur le bien-être animal ;
  • La mise à jour de la législation vétérinaire pour se conformer aux normes de l’OIE et autres normes internationales ;
  • Un meilleur engagement du secteur privé notamment dans les domaines où les capacités sont limitées (ex. test de laboratoire, surveillance des maladies, vaccination, inspection anté- et post-mortem), par exemple par la mise en place de partenariats publique-privé (PPPs).

Toutes les photos (c) P. Bastiaensen (oie) 2015.

SVSDC

Cet article est le résumé d'une étude commandée par l'OIE en 2019 et réalisée par un consortium de consultants représentant les sociétés Weaver Consulting International, Intiga et Colibri Consulting. L'étude a été financée dans le cadre du projet SVSDC+R, financé par l'Union Européenne.

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Missions PVS de l'OIE entre 2007-2017

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