Le Projet EBO-SURSY

Le Projet EBO-SURSY célèbre la Journée internationale des femmes et des filles de science

Deux doctorantes boursières d’EBO-SURSY consacrent leur thèse à l’étude des maladies émergentes et des coronavirus

Le projet EBO-SURSY est fier de célébrer la Journée internationale des femmes et des filles de science ce 11 février, journée annuelle pour la reconnaissance des contributions actuelles et passées des femmes dans le domaine scientifique. Le projet a pour missions de renforcer les systèmes nationaux et régionaux de détection précoce chez les animaux sauvages et de prévenir de futures pandémies ; à ce titre il est amené à travailler avec de nombreuses scientifiques, chercheuses de laboratoire et vétérinaires, tout en contribuant à leur formation.

Hosanna Leadisaelle Lenguiya et Linda Bohou Kombila sont deux scientifiques spécialisées dans les maladies émergentes en Afrique – dont les fièvres hémorragiques qui sont au cœur du projet EBO-SURSY. Elles étaient toutes deux boursières du projet alors qu’elles entamaient leur programme de recherche de doctorat axé sur les maladies émergentes. D’après ONU Femmes, les femmes ne représentent encore aujourd’hui que 30 % des chercheurs dans le monde et seulement 35 % des étudiants dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. En promouvant l’autonomie et le développement professionnels des femmes de science à travers ses programmes de bourses, EBO-SURSY valorise la diversité au sein de ses équipes de chercheurs.

Deux femmes engagées dans la cause scientifique

La diversité dans les sciences est devenue plus importante que jamais face à l’épidémie de Covid-19 qui affecte les femmes et les hommes de toutes les cultures et exige de nous tous un engagement renouvelé en faveur de la recherche, afin de mieux comprendre l’origine du Covid-19 et ses effets sur toutes les formes de vie. Hosanna n’est pas novice dans cet univers de recherche. C’est parce qu’elle est passionnée par l’étude des maladies émergentes qu’elle a choisi de consacrer ses travaux de recherche au risque d’introduction du SARS-CoV-2 et à la circulation des coronavirus dans la faune sauvage congolaise. Alors que le monde est toujours en lutte contre la pandémie de Covid-19, Hosanna voit sa vocation comme un moyen de contribuer à ce combat « en apportant des éléments de réponse pour le contrôle, voire la prévention de ces maladies ».

Figure 1 : Hosanna tient un Hypsignathe monstrueux lors d’un prélèvement de routine. La chauve-souris est mesurée, pesée et des échantillons biologiques sont prélevés pour être analysés au laboratoire. IRD © P. Becquart, 2019

Originaire de la République du Congo, Hosanna a un master de biologie moléculaire et d’immunologie obtenu à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville où elle poursuit également sa deuxième année de thèse de doctorat en virologie. Elle a pris connaissance du projet EBO-SURSY dans le cadre d’un atelier organisé par le projet dans son université, sur le thème des risques liés aux maladies émergentes. Acceptée peu après dans le programme de bourses, Hosanna a intégré une équipe pluridisciplinaire et internationale chargée de gérer la collecte d’échantillons et l’analyse de prélèvements biologiques issus d’animaux sauvages tels que les chauves-souris. La collecte d’échantillons provenant de la faune sauvage pour la détection des fièvres hémorragiques virales est un système avancé d’alerte en santé publique, conforme au principe Une seule santé : toute apparition de maladie dans notre environnement ou chez les animaux qui nous entourent peut être le signe d’une menace zoonotique imminente pour les humains.

 

Figure 2. Hosanna retire une chauve-souris piégée dans un filet à des fins de prélèvement au Gabon. IRD © P. Becquart, 2019

Les activités d’Hosanna viennent compléter les efforts entrepris pour mettre en place un système de surveillance de la faune sauvage en prévention de futures pandémies. Toutefois, malgré sa passion pour l’étude des maladies émergentes et la science, Hosanna n’a pas toujours été soutenue par sa communauté. « De temps en temps, confie-t-elle, j’ai été confrontée aux jugements par l’entourage qui ne cesse de stipuler que les femmes n’ont pas beaucoup d’effort à fournir en ce qui concerne les études car notre beauté garantit la réussite. » D’autres encore lui ont prédit que le fait de s’accrocher à la recherche scientifique la mettrait en situation d’échec social. Malgré ces remarques et ces jugements, Hosanna s’est accrochée aux études. Elle s’est lancée dans une brillante carrière  tout en acquérant à la fois de l’expérience et un réseau au sein du projet EBO-SURSY et du partenaire de celui-ci, l’Institut de recherche pour le développement (IRD). En outre, elle est devenue un membre parfaitement intégré du Laboratoire national de santé publique de la République du Congo (LNSP), où elle collabore avec les scientifiques qui y travaillent et se perfectionne auprès d’eux.

 

Figure 3 : Linda et la communauté locale réalisent des prélèvements sur des chèvres, qu’elle va ensuite analyser au laboratoire pour rechercher des maladies comme Ebola ou des coronavirus. IRD © P. Becquart, 2019

Linda Bohou Kombila, autre chercheuse doctorante au sein du projet EBO-SURSY tire également le bénéfice de ce réseau de portée internationale. Elle se consacre à l’étude du rôle des animaux domestiques dans la diffusion des agents pathogènes et de ses conséquences pour la santé humaine. Linda s’intéresse particulièrement aux maladies zoonotiques et consacre ses recherches à élucider la participation des animaux domestiques dans la chaîne de transmission de certaines maladies des animaux sauvages aux humains. Elle enquête sur des cas de fièvre de la Vallée du Rift, de fièvre hémorragique de Crimée-Congo et d’infections par le virus de la rage dans de nombreuses espèces présentes au Gabon. Tout en préparant son doctorat à l’École doctorale régionale d’Afrique centrale en Infectiologie tropicale du Gabon, axé sur la recherche biomédicale, elle travaille en partenariat avec le Centre interdisciplinaire de recherches médicales de Franceville (CIRMF). Grâce au soutien du CIRMF, elle a pu réaliser des tests de diagnostic biomoléculaire à partir de prélèvements issus de plus de 1 100 animaux sauvages et domestiques dans le cadre du projet EBO-SURSY.

Figure 4 : Linda organise les échantillons prélevés lors d’une récente sortie sur le terrain pour étudier les maladies zoonotiques chez les espèces animales domestiquées.  IRD © P. Becquart, 2019

Linda est par vocation une ingénieure agronome spécialisée dans la production animale, formée à l’Université des Sciences et techniques de Masuku au Gabon. Se lancer dans des études d’ingénieure n’était pas une tâche facile pour une jeune femme. La répartition entre hommes et femmes, aussi bien dans le corps enseignant que chez les étudiants présentait une forte prédominance masculine, en raison des présupposés culturels et physiques liés à des activités comme l’abattage et la castration d’animaux élevés pour l’alimentation humaine. Pour être prise au sérieux, elle a dû « travailler comme les garçons et laisser ses manières de fille de côté », relate-t-elle. Et pourtant, malgré son investissement et le sérieux de sa motivation, « il y avait toujours des tâches que l’enseignant ne confiait pas aux filles, en raison de leur physique ».

 

 

Sans se laisser démonter, Linda a suivi sa voie et obtenu un master de biotechnologie et productions animales axé sur la santé et la physiologie animales à l’université de Dschang au Cameroun. Sa formation transdisciplinaire l’a encouragée à mener une réflexion critique sur la santé des animaux et des humains et sur la vulnérabilité des sociétés face aux risques de maladies infectieuses transfrontalières. Ses études et ses travaux au sein du projet ont approfondi ses vues concernant le coût des maladies animales en termes de santé publique. Elle considère que « le projet EBO-SURSY, avec les différentes missions et formations, [lui] a apporté plus de connaissances sur l’impact des maladies émergentes, sur la santé publique [et sur la] nécessité de mettre en place un réseau de surveillance des zoonoses ».

Créer des connexions au sein de la communauté

Un système de surveillance pour les maladies zoonotiques nécessite la participation des communautés locales, qui sont souvent les premières à détecter les animaux malades ou morts dans un environnement où les humains vivent au contact de la faune sauvage. Interrogées sur leurs activités préférées au sein du projet EBO-SURSY, les deux femmes ont répondu sans hésiter qu’elles adorent travailler directement avec les communautés. Pour Linda, il est vital d’interagir avec la communauté car la participation des propriétaires d’animaux domestiques lors des prises d’échantillons est essentielle pour ses travaux de recherche. Sans cette participation, les scientifiques auraient un accès plus limité aux animaux d’élevage ou au cheptel de chèvres et disposeraient donc de beaucoup moins de données. Or ces données sont indispensables pour déterminer quelle est la maladie dont il convient d’anticiper l’apparition.

Pour sa part, Hosanna a grandement apprécié de travailler directement avec la communauté pour la sensibiliser aux risques de maladie. La présentation de données scientifiques et d’informations sanitaires sur les différents virus présents dans la région a permis à chaque communauté d’élaborer ses propres stratégies pour les contrer. Par exemple, une fois une communauté sensibilisée au risque d’Ebola, ses membres peuvent mettre en place une stratégie appropriée pour que les autorités sanitaires ou vétérinaires locales soient immédiatement averties dès qu’un animal mort, sans cause apparente du décès, est repéré par des chasseurs ou trouvé dans le voisinage.

Figure 5. Linda rencontre des membres de la communauté d’Ibomg (Gabon) afin de les sensibiliser à la problématique des zoonoses en utilisant les outils du projet EBO-SURSY pour les fièvres hémorragiques. IRD © P. Becquart, 2019

Soutenir les femmes de science et créer de nouveaux modèles

En 2020, le Forum économique mondial a révélé qu’en cas de nouvelles créations d’emplois dans le secteur des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques, une femme seulement pour cinq hommes seulement bénéficie de cette opportunité.

Il faut donc clairement promouvoir la voix ainsi que le point de vue des femmes dans les sciences. En faisant en sorte que les femmes accèdent aux mêmes formations et carrières que les hommes dans ces domaines, on mettra sur pied des équipes diversifiées et innovantes de professionnels qui seront mieux armés pour résoudre les problèmes de notre monde. En particulier pour prévenir de futures pandémies.

 

Linda et Hosanna vont bientôt terminer leur programme de doctorat et commencent à réfléchir à l’avenir. Elles sont toutes deux passionnées par la recherche et voudraient continuer à travailler sur les maladies émergentes une fois diplômées. Linda souhaite intégrer l’Université des Sciences et techniques de Masuku au Gabon en qualité de chercheuse et d’enseignante et espère y continuer ses propres travaux sur les animaux domestiqués tout en formant une nouvelle génération de scientifiques en devenir.

Il est essentiel de former la prochaine génération de jeunes femmes s’intéressant aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques. Les femmes de science comme Linda et Hosanna qui s’engagent dans une carrière scientifique constituent une nouvelle génération modèle pour les jeunes filles aspirant à faire de même.

Figure 6. Linda (à gauche) et Hosanna (à droite) tentent de dégager une chauve-souris du filet où elle avait été capturée à des fins de prélèvement au Gabon. IRD © P. Becquart, 2019

À celles-ci, Linda et Hosanna ont quelques conseils à donner : le message de Linda aux filles qui veulent faire des études scientifiques est de « se fixer des objectifs à atteindre. Lorsqu’on a un rêve ou un but en tête, avec en plus une volonté de “fer”, l’on parvient à ses fins ». Elle ajoute que les échecs ponctuels ou les erreurs font partie du chemin, dans la mesure où ils aident les étudiants à comprendre leurs manquements ou limites et à mieux s’armer pour les surpasser.

Hosanna confirme, et ajoute : « Aux filles qui souhaitent étudier les sciences : elles ne doivent pas voir les difficultés liées aux questions de sciences à résoudre mais plutôt aux solutions qu’elles seraient en mesure de donner si elles s’accrochent. Car la réussite n’est autre que le fruit de son travail. »

Figure 7. Hosanna (à gauche) et Linda (à droite) lors d’une sortie au Gabon visant à récolter des échantillons sur le terrain. IRD © P. Becquart, 2019

EN SAVOIR PLUS: visitez le site web du projet EBO-SURSY

[1] Avec le soutien financier de l’Union européenne, le Projet EBO-SURSY, mené par l’OIE en coordination avec le CIRAD, l’IRD et l’Institut Pasteur, vise à renforcer la capacité des Services vétérinaires nationaux dans dix pays d’Afrique de l’Ouest et centrale afin de surveiller toute apparition de la maladie à virus Ebola et de quatre autres fièvres hémorragiques virales, à savoir la maladie à virus de Marburg, la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et la fièvre de Lassa, et agir en conséquence.  Ces cinq maladies sont des zoonoses ou des maladies capables de se propager des animaux aux hommes.

 

Partagez cet article