Projet EBO-SURSY

Les formations de renforcement des capacités du projet EBO-SURSY contribuent à dynamiser la réponse de la Guinée au COVID-19

Le projet intervient dans un cadre original de coopération triangulaire afin d’aider à renforcer les capacités des laboratoires

La pandémie de COVID-19 a entraîné de grandes difficultés qui ont mis à rude épreuve les capacités des institutions nationales en charge de la santé, en particulier dans les pays où les infrastructures sanitaires sont moins résilientes. Toutefois, en république de Guinée cette épidémie a aussi permis de mettre en lumière les avancées remarquables accomplies dans la mise en place d’un système national autonome de laboratoires d’analyses et de diagnostic. La qualité de l’engagement et de la préparation de ce système pour répondre rapidement et précisement à l’épidémié de COVID-19 est le fruit de la bataille précédemment livrée par la Guinée contre une autre maladie : la maladie à virus Ebola.

Figure 1: Le Centre de Recherche et de Formation en Infectiologie de Guinée (CERFIG) en 2019. Photo: ©IRD/ N.Vidal

l’efficacité concrète de cette formation de renforcement des capacités réside dans le fait qu’un pays du Sud ayant reçu le soutien du Nord peut ensuite servir d’amplificateur pour tout un ensemble de compétences et de connaissances auprès d’autres pays de la région

Docteur Alpha Keita, Directeur général adjoint du CERFIG.

L’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 a gravement affecté la Guinée, où elle a causé près de 4 000 cas et plus de 2 500 décès. Le gouvernement a pris conscience de la nécessité d’investir davantage dans le secteur de la santé afin de répondre aux futurs foyers épidémiques, et plus particulièrement de renforcer les capacités d’analyse de ses laboratoires en vue d’un diagnostic performant. Afin de répondre à cet impératif, plusieurs laboratoires ont été créés en 2018, notamment le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG) et l’Institut Pasteur de Guinée.

Figure 2: La formation Une Seule Santé au CERFIG en 2019. Photo: ©IRD/ N.Vidal

Le CERFIG et l’Institut Pasteur de Guinée sont rapidement devenus des candidats idoines pour prendre part au programme de formation Une seule santé du projet EBO-SURSY ; c’est ainsi que les deux laboratoires ont accueilli cet événement qui s’est déroulé en octobre 2019 avec des participants de 10 pays. Le but de cette formation organisée par les partenaires du Consortium chargé de la mise en œuvre du projet, à savoir l’Institut Pasteur, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) était de former les participants à l’utilisation de techniques et d’équipements diagnostiques de pointe, afin d’assurer une détection des maladies plus rapide et plus efficace et d’atténuer la vulnérabilité de la région aux menaces induites par les maladies infectieuses.

Ces formations sur le terrain sont venues à l’appui d’initiatives nationales visant à mettre en place et à pérenniser des systèmes de surveillance sentinelle, comme celui créé avant la pandémie de la COVID-19 par l’Institut national de santé publique (INSP) de Guinée pour la surveillance des épidémies de grippe. Ce système allait rapidement être testé sur le terrain lorsqu’en mars 2020 une nouvelle maladie à laquelle personne n’était préparé a fait irruption en Guinée : la COVID-19.

Dans certains cas, les compétences requises pour la réalisation des tests sont facilement transférables d’un agent causal à l’autre ; c’est le cas par exemple des filovirus responsables de la maladie à virus Ebola et du coronavirus responsable de la COVID-19. Le premier cas de COVID-19 survenu en Guinée a été diagnostiqué dans le pays puis confirmé par le laboratoire de référence de l’Organisation mondiale de la santé pour les virus influenza de Dakar (Sénégal). Les techniciens des laboratoires de Guinée ont rapidement démontré que le pays avait les compétences requises pour répondre de manière autonome aux demandes de dépistage de la population. Au début de la crise sanitaire, trois laboratoires ont pris en charge l’ensemble des tests de diagnostic, parmi lesquels l’Institut Pasteur de Guinée, l’un des partenaires du projet EBO-SURSY. Peu de temps après, la conduite des tests a été décentralisée en y faisant participer d’autres laboratoires compétents du pays afin d’assurer une meilleure couverture nationale. Le CERFIG figure parmi les laboratoires dont les compétences ont été jugées à la hauteur de la réponse à apporter à l’épidémie.

Le CERFIG effectue des tests de diagnostic pour le COVID-19 dans un délai de 24 heures entre la réception, l’échantillonnage et la confirmation du résultat. Sa capacité à fournir des résultats dans un délai aussi rapide témoigne de la réussite du CERFIG, alors que nombre d’autres laboratoires dans le monde peinent à répondre à la demande de tests dans des délais satisfaisants. Le CERFIG estime qu’une partie de ce succès est la conséquence de la formation impartie dans le cadre du projet EBO-SURSY, qui était axée sur le renforcement des capacités des techniciens et biologistes de laboratoire à l’utilisation de nouvelles techniques de diagnostic, en particulier les technologies innovantes telles que l’outil Luminex qui permet de détecter les anticorps dirigés contre des maladies comme Ebola, et MinION, qui permet de reconnaître et de séquencer des ADN simple brin. Les laboratoires dotés de ces capacités jouent un rôle crucial pour alerter la communauté des risques épidémiques potentiels, qu’il s’agisse de la grippe, de la maladie à virus Ebola ou de la COVID-19. Le Docteur Alpha Keita, Directeur général adjoint du CERFIG, a déclaré que cette épidémie a marqué un jalon important puisque pour la première fois, la Guinée a pu traiter les besoins en tests de sa population de manière indépendante (après la confirmation du premier cas), sans aucune aide extérieure.

Figure 3: Formation à l’utilisation de techniques et d’équipements diagnostiques de pointe. Photo: ©IRD/ N.Vidal

Cet accomplissement remarquable, signe de l’autonomie croissante du système sanitaire institutionnel guinéen est le fruit de la coopération triangulaire et de la synergie qu’elle apporte aux deux dynamiques classiques de la coopération Nord-Sud et Sud-Sud, en maximisant leurs résultats. Selon l’analyse du Docteur Keita, « l’efficacité concrète de cette formation de renforcement des capacités réside dans le fait qu’un pays du Sud ayant reçu le soutien du Nord peut ensuite servir d’amplificateur pour tout un ensemble de compétences et de connaissances auprès d’autres pays de la région ». Ce soutien mutuel entre pays du Sud est illustré par divers exemples, en particulier entre la Guinée et la République démocratique du Congo lors des crises de la maladie à virus Ebola survenues dans ces deux pays. Dans le cadre de la coopération triangulaire, l’IRD, partenaire scientifique du projet EBO-SURSY a fourni un soutien technique et dispensé des formations de renforcement des capacités aux équipes bénéficiaires du projet et à d’autres intervenants d’Afrique de l’Ouest. Lors de l’épidémie d’Ebola qui a frappé la Guinée de 2014 à 2016, la République Démocratique du Congo a déployé des équipes de médecins et de scientifiques (dont des agents de l’IRD) en Guinée afin d’y soutenir les efforts de lutte contre l’épidémie. Cela a incité la Guinée à déployer à son tour en 2018 une délégation équivalente (avec ici encore des stagiaires et des agents de l’IRD) afin de venir en aide à la République démocratique du Congo lors de la flambée épidémique d’Ebola qui venait de l’atteindre. Grâce à cet appui mutuel, les deux pays ont tiré le meilleur parti des leçons de leur expérience et de leurs compétences respectives et ont rehaussé leur niveau de préparation pour affronter les futures flambées épidémiques d’Ebola qui pourraient survenir à l’avenir sur leur territoire.

Le Docteur Keita a bon espoir qu’à l’avenir le CERFIG sera en mesure non seulement de continuer à répondre aux besoins de la Guinée mais aussi de participer à de nouvelles collaborations Sud-Sud ; il envisage dans ce cadre la tenue de formations en cascade afin de transférer les compétences en diagnostic de laboratoire acquises grâce à la formation Une seule santé du projet EBO-SURSY. Il souligne que l’un des points essentiels de la coopération Sud-Sud est « qu’elle n’est viable que si les deux parties ont quelque chose à donner et quelque chose à recevoir ». En ces temps d’incertitude où le nombre de cas de COVID-19 ne cesse d’augmenter en Afrique et dans le monde, ces compétences répondent à un besoin de plus en plus pressant. D’ores et déjà, le CERFIG entend continuer à répondre à la demande nationale de tests de diagnostic et espère, dans la mesure du possible, apporter son aide aux pays voisins de la Guinée.

EN SAVOIR PLUS: visitez le site web du projet EBO-SURSY

[1] Avec le soutien financier de l’Union européenne, le Projet EBO-SURSY, mené par l’OIE en coordination avec le CIRAD, l’IRD et l’Institut Pasteur, vise à renforcer la capacité des Services vétérinaires nationaux dans dix pays d’Afrique de l’Ouest et centrale afin de surveiller toute apparition de la maladie à virus Ebola et de quatre autres fièvres hémorragiques virales, à savoir la maladie à virus de Marburg, la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et la fièvre de Lassa, et agir en conséquence.  Ces cinq maladies sont des zoonoses ou des maladies capables de se propager des animaux aux hommes.